La légende de Ronan

Une vie latine du XIIe raconte l'histoire de Ronan, évêque Irlandais venu en Armorique sur sa "barque de pierre" pour y chercher la solitude que requiert une vie d'ermite.Cette histoire enluminée, d'un genre littéraire très répandu dans la chrétienté médiévale, est plus proche de la légende que du récit historique.

On y apprend que Ronan est arrivé à la forêt du Nevet, après une escale en Léon où son culte est encore attesté. A l'orée du bois, il construit un oratoire pour y proclamer sa foi. Très vite, les miracles qu'il accomplit et ses propos édifiants lui attirent des visiteurs dont le moindre n'est pas le célèbre Gradlon. Mais il rencontre, dans ce refuge de cultes celtes, une farouche opposition, personnifiée par Keban(ou Keben) , femme de paysan. Le mari de celle-ci aide Ronan à construire une hutte, et devient son disciple le jour où l'ermite contraint un loup à lâcher la brebis qu'il venait de capturer. Keban, jalouse de l'assiduité de son mari auprès du saint, prétend que le solitaire a partie liée avec les loups et qu'il envoûte les humains. Elle va même jusqu'à enfermer sa fillette dans un coffre pour accuser Ronan devant Gradlon de cette disparition. Le roi, embarrassé, soumet l'ermite au jugement de Dieu en lâchant contre lui deux molosses. Le saint homme arrête d'un signe de croix les deux animaux qui se couchent à ses pieds. Il retrouve et ressuscite l'enfant qui s'était étouffée dans sa cache, avec le pain que sa mère lui avait laissé.

Mais Keban ne désarme pas et prétend que l'ermite a voulu la séduire. Ronan, âgé et fatigué, quitte la Cornouaille pour la baie de St Brieuc. Il est accueilli à Hillion par un paysan, mais c'est pour y mourir bientôt. Sa dépouille, disputée par les comtes de Vannes, de Rennes et de Cornouaille, est placée sur sur un chariot traîné par des bœufs qu'on laisse aller à leur guise. L'attelage se dirige tout droit sur la forêt du Nevet, mais refuse de passer Tro Balan jusqu'à ce que le comte de Cornouaille ait fait don de cette terre.

" Des clefs pour comprendre Locronan " - Editions Abri 1986

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Les tisserands

Tout commence au XVe siècle!

Le climat tempéré et humide de la Bretagne, le nombre important de ruisseaux, nécessaires pour le rouissage du chanvre, a certainement contribué à l'expansion de sa culture. Depuis longtemps sans doute, les paysans bretons cultivaient le lin et le chanvre pour leur besoins personnels (draps de lit, chemises, sacs...). Mais ces raisons ne suffisent pas à justifier l'élan, qui se fait jour dès le XVe siècle à Locronan, pour la fabrication des toiles de chanvre. Il faut plutôt chercher du coté des marins de Pouldavid (ancien port de Douarnenez). Ceux ci participaient en effet au trafic du sel, qu'ils allaient charger sur les côtes du Bas-Poitou, dans les ports de La Chaume d'Olonne et de St Gilles d'Olonne. Les gens de cette région s'étaient déjà assuré une réputation pour la qualité des toiles à voile qu'ils fabriquaient. Conscients de l'intérêt de ce commerce, les marins de Pouldavid ont cherché à faire fabriquer dans ce pays ces toiles, qu'ils ont continué à vendre sous le nom d'olonne. La richesse déjà affirmée de Locronan à cette époque et l'exemption de certains impôts ont, à leur tour, favorisé l'installation des tisserands et marchands dans la "ville".

  Prospérité des XVIe et XVIIe siècles.

Mais dans ces périodes de trouble, tout ne va pas sans mal; et les guerres de la Ligue, durement ressenties en Bretagne, n'ont pas épargné la Cornouaille. Locronan se relève après tout assez rapidement. La concurrence sur les fabriques de Vitré et de Merdrignac, sur les marchés étrangers, est compensée par les commandes de Brest (choisi par Colbert comme grand port militaire du Ponant en 1665) et de Lorient (port de la Compagnie des Indes en 1666). Ce marché intérieur permettra d'ailleurs à la cité des tisserands de continuer à prospérer malgré la fermeture des mers par les Anglais pendant les guerres de Louis XIV.

Autour de l'activité de la manufacture, la cité s'est installée : artisans, commerçants, petite bourgeoisie et petite noblesse participent à l'animation de la ville toilière. Les tisserands ont même leur emblème gravé à l'intérieur de l'église.

Le déclin

Le XVIIe siècle est celui de la stagnation, voire de la régression au fur et à mesure que l'on s'approche de la révolution. La concurrence des manufactures royales de Brest installées par Colbert en 1687 (et qui attira les meilleurs tisserands de Locronan), se fait durement sentir. Les marchands, autrefois nombreux à Locronan, disparaissent peu à peu. En 1751, s'il reste encore 150 tisserands à Locronan, il n'y a plus qu'un seul concessionnaire pour les marchés de Brest et de Lorient. Ce marchand peu scrupuleux impose ses prix, ce qui oblige les tisserands à faire des économies sur la qualité des toiles, et plus exactement sur l'épaisseur de la trame. Il n'en faut pas plus pour que les plaintes affluent et que les "m'élis" , fabriquées dans l'évêché de Rennes s'imposent par leur qualité supérieure.

Les commandes s'amenuisent, la réputation s'éteint, et en 1813 on ne recense plus que 10 métiers à tisser à Locronan. Cette dernière résistance sera même vaincue par la concurrence irrésistible de l'industrie mécanique du Nord de la France.

Le marasme des affaires a fait fuir tout le beau monde de Locronan; chacun se sauve avec les capitaux accumulés pendant les siècles de prospérité. Restent leurs magnifiques demeures et les richesses de l'église que l'on peut admirer aujourd'hui.

Trois ateliers de tissage, à la production aussi riche que diversifiée, prouve que le flambeau de la cité des tisserands n'est pas complètement éteint.

" Des clefs pour comprendre Locronan " - Editions Abri 1986


Une pièce de toile de Locronan, terminée, bien que de dimension variable au cour des siècles, mesure environ 30 aunes sur 3/4 d'aunes soit environ 33 mètres sur 0,90.
A la fin du XVIe siècle, l'équipement d'un grand galion espagnol nécessite de 50 à 100 pièces de toile (chaque pièce faisant environ 30m²), tandis que les grands navires anglais utilisent de 20 à 25 pièces.
Au XVIIIe siècle, un tisserand fournit en moyenne 40 pièces par an, en travaillant 12 mois sur 12, ce qui était le cas des seuls artisans de Locronan.

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